Syrie : duplicité des islamistes face à un Occident naïf

al sharaa syrie

Milices parallèles, pression sur les Kurdes et ingénierie démographique : les angles morts d’une illusion occidentale.

Alors que les chancelleries occidentales saluent une prétendue « unification » de la Syrie, la réalité du terrain révèle une tout autre dynamique : constitution de milices bédouines armées, marginalisation des Kurdes, violences contre les minorités et recomposition démographique. Analyse d’un aveuglement stratégique aux conséquences dangereuses.

Macron, les Kurdes et l’illusion de l’unification

Emmanuel Macron se félicite de voir les forces kurdes se dissoudre — ou plutôt se soumettre — à l’armée syrienne, dont les dirigeants sont issus de mouvements djihadistes.

Or, l’angle mort de cette vision, c’est que, dans le même temps, les islamistes laissent se constituer d’autres milices bédouines en dehors de l’armée officielle, et qui veulent combattre les Kurdes.

Ces bédouins sont dans une continuité géographique, sociale, culturelle, mais aussi ethnique avec les monarchies du Golfe, notamment l’Arabie saoudite. Ils sont soutenus financièrement par le Qatar. Ils sont souvent considérés comme les « vrais Arabes » et bénéficient, à ce titre, d’une légitimité idéologique particulière. C’est aussi pour cela qu’ils sont devenus des piliers importants du régime syrien islamiste.

Des milices tolérées pour frapper les minorités

Rappelez-vous des violences perpétrées contre les Druzes et les Alaouites. À chaque fois, des hordes de bédouins et de djihadistes affluaient en masse dans les régions concernées pour punir ces « hérétiques », ces « suppôts de l’ancien régime », voire ces « traîtres au compte d’Israël ».

Le régime islamiste les a laissés circuler et aller « régler les comptes » à ces soi-disant « hors-la-loi sunnites ».

Aujourd’hui, ils veulent constituer des groupes armés en dehors de l’armée officielle pour combattre les Kurdes et, plus largement, tous les « séparatistes ».

Or, est-ce la mission d’un État qui prétend unifier le pays ?

Comment peut-on combattre des populations pour leurs revendications d’autonomie tout en tolérant des forces armées hors contrôle étatique ?

Une idéologie de domination religieuse

En réalité, ce n’est pas uniquement l’unification du pays qui compte pour cette idéologie islamiste au pouvoir.

Il s’agit avant tout d’une volonté de soumettre les minorités non arabes ou non sunnites, considérées comme des « kouffars ».

Dans une partie importante de la société sunnite conservatrice, cette vision est largement partagée : tout ce qui n’est pas sunnite ou arabe sunnite devient un ennemi de Dieu et du prophète.

C’est le cœur du problème.

Les tribus bédouines comme instrument du pouvoir

Un autre angle mort de la naïveté occidentale concerne la volonté du gouvernement islamiste de s’appuyer massivement sur ces tribus.

Historiquement, ce sont des groupes presque nomades, vivant dans des zones isolées et jouissant d’une forte autonomie. Même sous Assad, ils n’ont jamais été totalement contrôlés.

Ils ont entretenu des alliances variables avec Daech, Al-Qaïda et d’autres milices, en fonction des intérêts et des soutiens extérieurs, notamment venus d’Arabie saoudite, du Qatar ou de Turquie.

Aujourd’hui, une stratégie semble viser à les installer dans les grandes villes.

Une ingénierie démographique assumée

Cette politique rappelle les pratiques du régime Assad soutenu par l’Iran, qui avait remplacé des populations déplacées par des communautés chiites voire étrangères loyales au pouvoir.

Le régime de Joulani al-Sharaa semble aujourd’hui vouloir reproduire ce schéma.

Installer ces populations à Damas et dans d’autres centres urbains permettrait de modifier la composition sociale et politique, et d’assurer une domination durable.

Il s’agit de transformer le tissu social, ethnique et religieux en injectant une population acquise à une matrice religieuse conservatrice, hostile aux minorités et favorable au régime.

L’aveuglement des « arabisants de salon »

Pendant ce temps, l’Occident reste largement déconnecté. Il écoute des « arabisants de salon » qui ne comprennent ni la mosaïque syrienne ni ses subtilités. Certains parlent à peine l’arabe mais prétendent pouvoir connaître et analyser le pays.

Ils influencent les décisions politiques et relaient la communication officielle auprès d’un Occident naïf qui continue de signer les chèques. Soit ils ne voient pas les angles morts. Soit ils les voient et laissent faire. Et c’est encore pire.

Une politique qui conduit au chaos

Aujourd’hui, on exige des Kurdes qu’ils se soumettent, tout en soutenant ceux qui ont porté les idéologies djihadistes les plus violentes. À ce rythme, l’Occident n’aide pas la Syrie. Il la pousse vers le chaos. Et cet abîme risque de nous engloutir avec elle.

La Syrie n’est pas un pari diplomatique. C’est un avertissement.

Faraj Alexandre Rifai
Vidéo : combattants bédouins annoncent la création des unités armées en dehors de l’armée syrienne officielle :

A propos Faraj Alexandre Rifai 409 Articles
Faraj Alexandre Rifai est un auteur et essayiste franco-syrien, auteur de "Un Syrien en Israël" fondateur de Moyen-Orient.fr et de l’initiative Ashteret.