Le Financial Times révèle que l’Iran propose désormais la vente de systèmes d’armes avancés — missiles balistiques, drones, systèmes de défense aérienne et équipements navals — en échange de cryptomonnaies.
Derrière cette information, se dessine bien plus qu’un simple contournement technique des sanctions internationale : c’est une mutation stratégique du commerce militaire international et une nouvelle démonstration de l’adaptabilité des régimes des Mollahs sous embargo.
Une réponse directe à l’asphyxie financière
Selon le Financial Times, cette offre serait portée par Modlex, l’organisme public iranien chargé des exportations d’armement. L’agence accepterait des paiements en actifs numériques, mais aussi sous forme de troc ou en rials iraniens, en rupture assumée avec les circuits financiers traditionnels.
Cette initiative intervient dans un contexte précis :
- renforcement des sanctions occidentales,
- réactivation possible des sanctions onusiennes après l’échec des négociations nucléaires,
- surveillance accrue des flux bancaires liés à l’Iran.
Face à cette asphyxie, Téhéran choisit une stratégie pragmatique : sortir du système plutôt que tenter de s’y réintégrer.
La cryptomonnaie comme outil de souveraineté parallèle
Le recours aux cryptomonnaies n’est pas nouveau pour l’Iran. Mais leur utilisation dans le commerce d’armes stratégiques marque un seuil inédit. La logique est claire :
- pas d’intermédiaires bancaires,
- traçabilité réduite,
- contournement des régulateurs occidentaux,
- paiements rapides et transnationaux.
Autrement dit, la cryptomonnaie devient un instrument de souveraineté financière alternative, au service d’une diplomatie militarisée.
À qui l’Iran s’adresse-t-il ?
Le Financial Times souligne que l’Iran disposerait déjà de clients dans plus de 35 pays, principalement des États ou acteurs soumis à des sanctions, marginalisés ou hostiles à l’ordre occidental.
Les acheteurs potentiels seraient connus :
- États africains ou asiatiques sous pression internationale,
- régimes autoritaires cherchant des armements sans condition politique,
- acteurs non étatiques ou zones grises du système international.
Ce modèle favorise une militarisation opaque des relations internationales, hors de tout cadre multilatéral.
L’échec structurel des sanctions occidentales
Cette évolution met en lumière une réalité dérangeante : les sanctions, conçues pour isoler, incitent à l’innovation clandestine. Plus les mécanismes de contrôle sont stricts, plus les États visés développent :
- des circuits financiers alternatifs,
- des alliances hors Occident,
- des modèles hybrides mêlant crypto, troc et monnaies locales.
L’Iran ne fait ici que pousser à son terme une logique déjà à l’œuvre chez la Russie, la Corée du Nord ou certains réseaux pro-iraniens au Moyen-Orient.
Une menace directe pour la stabilité régionale
Le danger n’est pas seulement financier. Il est avant tout sécuritaire. En banalisant l’usage des paiements numériques pour des ventes d’armes sophistiquées, l’Iran contribue à désarticuler les mécanismes internationaux de contrôle, à rendre les transferts toujours plus opaques, et à armer des acteurs déjà structurellement déstabilisateurs ; milices, proxies régionaux et régimes fragiles.
Dans un Moyen-Orient saturé de conflits, cette dérégulation accélérée du marché des armements augmente mécaniquement le risque d’une prolifération incontrôlée, hors de tout cadre politique, juridique ou sécuritaire.
Une nouvelle ère du commerce de la guerre
En acceptant officiellement les cryptomonnaies pour ses ventes militaires, l’Iran assume une rupture stratégique majeure : celle de l’émergence d’un marché de la guerre partiellement déconnecté de l’ordre international, affranchi des règles, des contrôles et des arbitrages occidentaux. Le message est double, et parfaitement assumé. À ses adversaires, Téhéran signifie que le régime des sanctions a atteint ses limites. À ses partenaires, il indique qu’une alternative crédible existe, hors du système financier mondial classique, pour commercer, s’armer et coopérer sans rendre de comptes.
Focus Moyen-Orient.fr
L’Iran ne se contente plus de contourner les règles : il contribue à en fabriquer de nouvelles, dans lesquelles la technologie financière devient une arme stratégique à part entière. Une évolution que les chancelleries occidentales auraient tort de sous-estimer.
Source : Iran offers to sell advanced weapons systems for crypto
Lire aussi : Iran : quelles perspectives au Moyen-Orient en cas de chute des mollahs ?