Vers un véritable dialogue pour la paix

Vers un véritable dialogue - photo Mike Dakinewavamon Kline Pour agir de façon intelligente, il faut que nous apprenions à connaître, du mieux que possible, les autres et aussi nous-mêmes; une manière d’y parvenir c’est le dialogue. Madeleine K. Albright est revenue sur cette question lors du Forum Etats-Unis/Monde musulman, qui s’est déroulé du 16 au 18 février 2008 à Doha...



Par Madeleine K. Albright. Dans cette quête, nous nous trouvons réunis cette année en un moment de vive espérance. Au Proche-Orient, les pourparlers de paix ont repris. En Irak, des signes d’espoir se font jour, malgré le conflit incessant. Et aux Etats-Unis, un nouveau président sera élu en novembre.

Le prochain président de l’Amérique aura l'occasion de changer le ton et le fond de la politique étrangère des Etats-Unis dans un sens qui fera renaître une confiance mutuelle entre mon pays et le monde musulman. Et s'il m'était donner de prodiguer quelques conseils au nouveau président, j’insisterais sur les points suivants :

Premièrement, c’est une faute que de concevoir cette région du monde – ou tout simplement le monde - comme étant divisée entre ceux qui ne font jamais rien de mal et ceux qui ne font jamais rien de bien, ceux qui sont modérés et ceux qui sont extrémistes, ceux qui sont laïcs et ceux qui sont religieux, en somme, les bons et les méchants.

Deuxièmement, l’ennemi de l’Amérique n’est pas l’islam, ni non plus un sous-groupe de l’islam. Dans la lutte contre Al-Qaeda les Américains – toutes confessions confondues – et les fidèles musulmans de toutes sortes, sont du même bord.

Troisièmement, ni l’Amérique, ni aucun autre pays ne peut se placer au-dessus de la loi. Un pouvoir qui ne se fonde pas sur le droit n’a pas de légitimité et sera inévitablement contesté.

Et pour finir, l’Amérique se doit de rechercher la paix d’une façon déterminée et impartiale. Aucun président américain n’hésitera à soutenir la survie et la sécurité d’Israël. Et quel que soit le président, la dignité et les aspirations légitimes du peuple palestinien seront respectées.

Témoin privilégié des questions internationales, je reconnais volontiers que les Etats-Unis doivent réfléchir plus sérieusement qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent à la question de savoir pourquoi leurs intentions ont été mal comprises. Le dialogue véritable est incompatible avec l’ignorance, l’hypocrisie et la condescendance, il ne peut non plus se fonder sur l’idée qu’un peuple ou qu’une civilisation est supérieure à d’autres. L’Amérique a la responsabilité d’apprendre plus et de donner moins de leçons.

Cependant, le dialogue ne se fait pas en solo. Les Américains sont critiqués, et cela à juste titre, pour les stéréotypes qu’ils perpétuent. Mais l’image qu’on se fait de l’Amérique dans nombreux pays musulmans est, elle aussi, grossièrement déformée.

Si l’Amérique a commis des erreurs, elle a rarement été la seule (ou même la première) instigatrice d’une situation de violence, d’injustice, d’inégalité et de souffrance dans cette région du monde. L’Amérique a bon dos pour certains dirigeants confrontés au mécontentement populaire dont la cause est leur propre égoïsme et leurs propres craintes, mais ce n’est pas honnête.

Dans ce contexte, il ne suffit pas de juste reformuler les vieilles positions ; la paix exige de nouveaux modes de penser et le courage de faire l’histoire.

Pour construire des passerelles qui nous rapprochent, chacun devra d’abord reconnaître l’intérêt commun à trouver des solutions et notre responsabilité partagée à résoudre les désaccords. Ni l’Amérique, ni aucun autre pays ne peut ni ou ne doit essayer d’imposer ses propres solutions. Les progrès peuvent et doivent se poursuivre dans un esprit de coopération entre tous.

Et par progrès, j’entends une solution à deux Etats vraiment viable au Proche-Orient ; un Irak réunifié, stable et en paix avec lui-même et ses voisins ; un Iran – et une Amérique – qui respectent le droit à l’autonomie des autres pays ; une région unie contre Al Qaeda, ses ramifications et ses alliés ; et enfin un futur où les enfants de tous milieux et de toutes religions puissent grandir sans avoir peur.

Pour parvenir à ces objectifs, raisonnons et agissons de concert et tirons ensemble les leçons du passé. Le Nouveau Testament dit: « Heureux ceux qui font œuvre de paix ». L’Ancien Testament dit : « De leurs épées, ils forgeront des socs de charrue ». Et enfin le noble et Saint Coran dit : « Entrez dans la paix, entièrement ».

* Madeleine K.Albright, ancienne secrétaire d’Etat américain sous Bill Clinton
Source : Khaleej Times – CGNEWS – article adapté à partir de commentaires faits par Madeleine K.Albright lors du Forum Etats-Unis/Monde musulman, qui s’est déroulé du 16 au 18 février 2008 à Doha.
Photo : Mike "Dakinewavamon" Kline

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