Les enfants de Sdérot traumatisés par les tirs de roquettes

sderot israel - Jonas BAu moins 75 pour cent des enfants de Sdérot âgés de quatre à 18 ans présentent des symptômes de stress post-traumatique qui se manifestent notamment par des troubles du sommeil et une grande anxiété, selon les conclusions d’une étude publiée au mois de janvier.




IRIN. L’étude, réalisée par Natal, le Centre israélien de traitement des traumatismes chez les victimes du terrorisme et de la guerre, a été publiée après que la ville eut essuyé pour la première fois les tirs de roquettes des militants palestiniens de la bande de Gaza, en 2001. Au cours des deux dernières années, le nombre de tirs de roquettes a considérablement augmenté et ceux-ci sont devenus quasi quotidiens ces derniers mois.

Selon l’étude, fondée sur une enquête représentative, environ 28 pour cent des adultes souffrent de troubles de stress post-traumatique. L’étude révèle par ailleurs que ces troubles affectent beaucoup plus les enfants, qui souffrent de cauchemars, de perte d’appétit et de problèmes de concentration à l’école.

Quelque 120 enfants font actuellement l’objet d’un suivi psychologique prolongé.

De l’avis de certains experts, cela n’a rien d’étonnant, puisque les roquettes sont souvent tirées tôt le matin, lorsque les enfants se rendent à l’école.

Système couleur rouge
Un jour d’école, alors que le correspondant d’IRIN se trouvait à Sdérot, plus de 10 roquettes sont tombées dans la ville et aux environs entre sept et huit heures trente du matin. Chaque fois qu’un tir de roquette déclenchait l’alerte – le tristement célèbre « Tseva Adom » (« couleur rouge »), diffusé par haut-parleurs – les enfants couraient pour se mettre à l’abri.

Ce système n’est pas efficace à 100 pour cent. En effet, selon un habitant, une fois l’alerte donnée, les habitants ont entre zéro et 15 secondes seulement pour trouver un abri – et « la plupart du temps, c’est plus proche de zéro que de 15 ».

Au début du mois, la roquette qui s’est abattue sur la maison de Shlomi Argon, un habitant de Sdérot, dans la mi-trentaine, a fait un énorme trou dans la toiture et a blessé sa femme et l’enfant de son voisin, qui jouait avec Nir, son fils de quatre ans.

C’est comme à la roulette russe
« C’est comme à la roulette russe. Vous savez qu’un jour ou l’autre une roquette tombera sur votre maison », a-t-il dit, détournant son regard de la lumière du soleil qui pénètre par le toit de sa maison.

Avant les accords d’Oslo des années 1990, M. Argon travaillait avec des Palestiniens de Khan Younis, à Gaza, dans une exploitation agricole, et malgré la situation, il a gardé contact avec eux.

« Nous nous parlons presque tous les jours. Ils sont tout à fait désolés de ce qui s’est passé », a expliqué M. Argon, ajoutant qu’il était lui aussi très peiné par le bain de sang à Gaza.

Une collégienne de Sdérot a expliqué que les membres de sa famille ne dormaient plus dans leurs chambres depuis six mois.

« Nous dormons tous dans une chambre du rez-de-chaussée qui est plus sûre », a affirmé l’adolescente. « Parfois, ma mère supplie mon père de déménager de cette ville […], d’aller ailleurs, où nous pourrions nous rendre à l’école à pied sans craindre les tirs de Qassams [les roquettes palestiniennes] ».

« Les habitants qui en ont les moyens ont quitté la ville, mais ma famille ne peut pas se le permettre », a déploré Shayli, 17 ans, indiquant que sa mère essayait de la garder à la maison le plus souvent possible.

« Cette situation nous coûte beaucoup », a-t-elle affirmé, soulignant qu’elle ne se souvenait plus du temps où les conditions de sécurité étaient meilleures.

Pour Dalia Youssef, directrice du centre de traumatologie Hosen – une organisation nationale – de Sdérot, il est difficile de soigner les enfants car les roquettes continuent de tomber.

« C’est continuel. Il n’y pas de "répit". Comment traiter des symptômes de stress post-traumatique dans cette situation ? », s’est-elle interrogée.

Officiellement, la ville de Sdérot compte 23 000 habitants, mais en réalité seules quelque 14 000 personnes y vivent, car beaucoup d’habitants ont quitté la ville ou y sont inscrits comme résidents, mais n’y vivent pas pour des raisons de fiscalité.

Article signé par IRIN.

Photo : Jonas B.

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